17 octobre 2011, Journée mondiale du refus de la misère à Liège : cris contre la misère

Partager, Share, Aandeel, Anteil Article posté le 20 novembre 2011 Print Friendly

17 octobre 2011, Journée mondiale du refus de la misère à Liège : cris contre la misère

A Liège, la ’Journée mondiale du refus de la misère’ a été cette année l’occasion de projeter le film « Joseph l’insoumis » de Caroline Glorion. Ce film retrace les prémices du combat contre la misère promu par Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde. Il fut tourné avec quelques acteurs professionnels et de nombreux acteurs amateurs vivant actuellement la grande pauvreté. La projection a donné lieu à une série d’échanges concernant la situation dépeinte dans le film et la misère d’aujourd’hui. Ces échanges provenaient de personnes issues de différents milieux associatifs, citoyens, politiques et d’exclusion. Nous en rapportons les cris d’alarme.

Depuis 20 à 30 ans, la situation empire. « Et quand on n’a pas de quoi manger, qu’on n’a pas de domicile, qu’on n’a rien, c’est la souffrance et la douleur ». En même temps, ce n’est pas tant le manque d’argent qui est le plus pénible, mais le fait que personne n’a besoin de l’amitié des plus pauvres. Très souvent, ils ne sont ni compris ni considérés. En outre, la pauvreté et la privation effective des droits forment un cercle vicieux dont il est très difficile de se sortir seul : « Quand on est tout au fond, pour remonter, c’est une fameuse marche ».

Le logement devrait être une préoccupation majeure de la société. Actuellement, les logements sociaux ne remplissent plus leur mission sociale. Ils doivent rechercher l’équilibre et ne privilégient pas les personnes qui en ont le plus besoin. Pour les sans abris il n’y a pas assez de lieux d’accueil. De « décembre au 31 mars les gens auront droit à dormir dans un abri de nuit 7 jours par mois. Et le reste du temps, les gens vont dormir où ? ». En même temps, on entend qu’on va supprimer les adresses de référence de personnes perdues de vue. Radier inconsidérément ces personnes des listes peut leur faire perdre leurs droits.

Un autre cri d’alarme concerne le placement d’enfants. Ces placements d’enfants brisent toujours les familles les plus pauvres et ne cèdent toujours pas suffisamment la place à l’accompagnement constructif au sein des familles. Des familles vivent tous les jours avec la peur qu’on leur enlève leurs enfants.

On remarque que se connaître, se comprendre, penser et agir ensemble peut renverser la tendance. La rencontre est source de transformation à la fois sociale et personnelle. C’est ainsi que des jeunes de l’enseignement professionnel ont témoigné d’une connaissance beaucoup plus fine de certaines choses que leurs enseignants, tout simplement parce que ces jeunes les vivaient. De même, la rencontre et le croisement de savoirs entre professionnels et personnes qui ont vécu (ou vivent) la pauvreté, est un chemin éprouvé de progrès.

Il est vrai que nous sommes confrontés à un certain nombre de situations qui peuvent appeler des aides d’urgence. Néanmoins il est indispensable de dépasser un régime d’assistance et de travailler pour l’avenir. Travailler pour l’avenir en aidant les gens à se mettre debout, dans leur dignité, et en changeant les lois.

La priorité doit être d’aller vers ceux qui sont les plus oubliés. Ceux-là sont dans un cercle vicieux d’exclusion et ont le plus grand mal à franchir les portes des organisations qui peuvent les aider. Il faut restaurer des liens de confiance avec les services sociaux et autres autorités publiques pour que les aides disponibles puissent être acceptées et porter leurs fruits. Il faut de simples citoyens qui s’engagent (pas seulement sur le temps de Noël !). Mille gestes, petits et grands, peuvent être posés à tous les niveaux pour transformer la société. L’objectif peut paraître loin et difficile à percevoir, mais c’est en faisant chacun un pas après l’autre, là où on est, qu’on fera ensemble reculer la misère.

Comme le disait Joseph Wresinski lors de la première ’Journée mondiale du refus de la misère’ le 17 octobre 1987 : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ».