17 octobre 2012 : Simplement s’abriter ou habiter durablement quelque part ?

Chaque année, Luttes Solidarités Travail et ATD Quart Monde organisent à Namur, au Parlement Wallon, un rassemblement le 17 octobre, lors de la « Journée mondiale du refus de la misère ».

Cette année, en lien avec Associations 21 qui a travaillé depuis plusieurs années la question de l’habitat durable, des militants du refus de la misère et des associations travaillant dans le domaine du logement et de l’environnement se sont rassemblés autour de la question : "simplement s’abriter ou habiter durablement quelque part ?"

Article posté le 20 octobre 2012 Print Friendly

17 octobre 2012 : Simplement s'abriter ou habiter durablement quelque part ?

Une démarche citoyenne

Il a fallu se serrer dans la salle de commission du Parlement où une centaine de personnes ont débuté les travaux de cette journée. Certains ont dû rester debout. Une majorité de participants avaient l’expérience de la pauvreté. Ils venaient par diverses associations dans lesquelles les plus pauvres se mobilisent avec d’autres (LST, ATD Quart Monde, Le Pivot, Les travailleurs sans emploi du sud-luxembourg, Toit de miel,...). des représentants d’autres associations (IEB, IEW, Terre, Habitat et Participation, le Réseau Idée, Ecoconso, la FUGEA, la Maison du développement durable de Louvain-la-Neuve et le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat,..) ont participé activement au dialogue.

Photo ATD Quart Monde

 

« Il y a peu d’endroits où la société civile croise sa pensée en tenant compte de la pensée des plus pauvres ». C’est ainsi que Luc Lefebvre, pour LST a introduit la rencontre, invitant les participants à échanger à partir de ce qui fait leur vie. Antoinette Brouyaux a fait la synthèse des travaux menés depuis plusieurs années au sein d’Associations21 pour aboutir à un "position paper" (pdf) sur l’habitat durable. Ce document, qui n’est pas définitif, sera enrichi des débats puis transmis aux Parlementaires.

La matinée d’échanges inter-associative a ensuite débuté en groupes de travail, chacun autour d’une de ces questions :
- Les logements en résistance à la misère. Qu’est-ce que ceux qui luttent contre la misère mettent en place pour survivre ? Les solidarités, mais aussi ce qui est vécu dans l’Habitat Permanent, les logements d’accueil et la répression au niveau du logement quand on veut bâtir soi-même.
- Les législations en faveur d’un habitat de qualité. L’état des bâtiments (les normes) : les logements insalubres, les ADELS, l’isolation, la consommation d’énergie,...
- Les glissements en cours dans le logement public. Le passage du logement public au privé. Quelles sont les conditions de vie dans le logement social ? Le logement social permet-il aux plus pauvres d’accéder au logement ?

Photo H. Clark / Le Pivot

 

Les situations vécues ont été au coeur des débats. Par exemple :
- Comment vivre dans un chalet en Habitat Permanent lorsque vous n’êtes pas raccordé à l’eau et qu’on vous fait payer l’eau de source ?
- L’inspecteur de la Région wallonne était venu vérifier l’état du logement et avait donné son feu vert. Nous avons donc eu droit aux ADEL. Mais après 7 mois, la Région wallonne a été avertie par la commune que le logement avait été frappé d’insalubrité. La Région wallonne nous a donc supprimé l’aide. Mais en plus nous devions rembourser le montant correspondant au nombre de mois durant lesquels nous avions, selon la logique de l’administration, perçu indûment cette aide. L’administration communale aurait dû nous prévenir en nous domiciliant qu’il y avait un arrêté d’insalubrité. La Région wallonne aurait dû être au courant de l’existence de cet arrêté en traitant notre dossier. Mais en définitive, c’est nous qui en avons chèrement payé les conséquences : plus d’aide pour payer le loyer, une dette de près de 2000 euros à rembourser et
des huissiers sur le dos.
Ca fait 20 ans que cette famille cherche un logement ! Encore aujourd’hui elle traîne cette dette et n’est jamais arrivée depuis à trouver un logement convenable.
- J’habitais en logement social à Charleroi, avec mon compagnon et ses deux filles d’un et deux ans. J’ai été agressée deux fois en peu de temps. « Si nous avions été que nous deux, nous aurions pu rester. Mais si une assistante sociale venait et trouvait mes filles au milieu de morceaux de verres, elles auraient été placées ». J’ai donc abandonné mon logement de 3 chambres. Comme je suis enceinte, on m’a dit que je dois chercher un logement de 5 chambres, une pour chacun de ses enfants, une pour nous et une supplémentaire (la législation prévoit que pour les femmes de moins de 35 ans, susceptibles de tomber enceintes, une chambre supplémentaire est obligatoire). J’ai été voir des sociétés d logement public : « elles m’ont dit : Madame, nous n’avons que des logements de 4 chambres. 5 chambres, vous ne trouverez pas. » - « pourquoi nous obliger à avoir tant de chambres s’ils ne peuvent pas nous le donner ? »

De ces groupes sont sorties des propositions concrètes, comme le fait d’enfin voter une loi sur l’individualisation des droits qui attend depuis longtemps, celle de revoir les normes : durée d’accueil de proches chez soi sans sanction, utiliser l’argent public pour créer des logements sociaux et pas pour financer le privé,...
Ces propositions seront intégrées au document de travail d’Associations21 qui sera ensuite présenté au Parlement.

Photo H. Clark / Le Pivot

 

Commémoration des victimes de la misère

Environ 120 personnes étaient présentes, dont le Président du Parlement Wallon, des parlementaires des militants du refus de la misère et leurs associations.

Si se loger, s’abriter, est un élément indispensable pour l’existence humaine, et si le droit au logement figure dans notre constitution, la réalité des faits témoigne de la difficulté pour de nombreuses personnes et familles d’accéder à un logement. Pour certains parmi les plus pauvres, le « droit » de bénéficier de l’accès à un « abri de nuit » réduit à sa plus simple expression le droit pour tous les humains « d’habiter la terre ». L’introduction (lien) au témoignage faite par LST mettait l’accent sur la démarche commune de citoyens et d’associations pour bâtir la solidarité et apporter leur contribution aux débats.

Un témoignage de vie (lien) retraçait 20 ans de combats pour vivre en famille dans un logement décent.

Photo H. Clark / Le Pivot

 

En réponse, le Président du Parlement Wallon a répondu en invitant les familles ET les associations qui les représentent à venir dialoguer plus souvent au Parlement. « Le Parlement est le lieu de la citoyenneté. Certains, qui ont plus de moyens ont l’oreille des parlementaires. Mais il est important que ceux qui ont peu la parole puissent exercer leur citoyenneté. » "Ce parlement devrait aussi être ouvert à ces résistances contre la misère" - « Nous avons besoin que vous nous expliquiez non seulement ce que vous vivez, mais aussi les causes structurelles de la pauvreté. »

© Photo LST