« Ce 17 octobre, osons la justice ! Osons la paix ! »

Message d’Eugen Brand, Délégué général du Mouvement international ATD Quart Monde, à l’occasion du 17 octobre 2011, Journée mondiale du refus de la misère.

Article posté le 11 octobre 2011 Print Friendly

« Ce 17 octobre, osons la justice ! Osons la paix ! »

Aujourd’hui, s’érigent partout de nouveaux murs. Là, haute frontière bétonnée entre des peuples, rendant quasi-impossible la circulation et la rencontre des personnes ; ici, barrières d’acier en zone industrielle prêtes à se fermer pour empêcher toute installation à des communautés qui n’ont nulle part où aller. Partout ces murs font honte à ceux qui les construisent, et asphyxient ceux qui les subissent. Censés garantir la sécurité des uns, ces séparations condamnent les autres à l’insécurité, l’enfermement, l’errance ou la misère. Elles réduisent à néant toute reconnaissance mutuelle, préalable à toute construction commune. Tout le monde y est perdant.

Pourtant, de part et d’autres de ces obstacles infranchissables, parfois en prenant de grands risques, des femmes, des hommes, des jeunes, des enfants aussi, inventent des brèches, ouvrent des fenêtres, proposent à ceux de l’autre bord des rencontres, des fêtes, où chacun reste pour l’autre un invité à connaître, un chercheur de la justice, sans qu’aucun n’impose une seule manière de vivre et de croire.

Parfois, la mobilisation de milliers de citoyens, des plus humbles aux plus prestigieux, ne suffit pas à sauver de la mort un seul innocent, de l’expulsion une seule famille. Fragile, l’espoir est balayé, au point de rendre oppressante la question : « A quoi bon se mobiliser puisque, derrière leurs murs de lois, de règlements et de certitudes, les pouvoirs ne veulent ni voir, ni entendre, ni partager ? » Où puiser alors le courage nécessaire pour tenter encore des actions de solidarité, sans basculer dans une violence qui ne ferait qu’allumer d’autres violences, écraser d’autres vies innocentes ? Dans une époque particulièrement marquée par des événements qui déchirent la fraternité, où puiser l’énergie et le désir de vivre ensemble, en paix, qui seront plus forts que la peur de l’autre, plus forts que la méfiance envers ceux qui vivent autrement, plus forts que le rejet de ceux qui survivent d’expédients parce qu’ils n’ont pas le choix ?

 « Osons la justice ! Osons la paix ! » lançait il y a trente ans, le Père Joseph Wresinski. Ce défi inspire toujours le Mouvement ATD Quart Monde, qui ne cesse d’initier, avec d’autres, des milliers de rencontres entre des mondes qui s’ignorent, ouvrant à des rassemblements, créant jour après jour une histoire libérée des pouvoirs et des savoirs accaparés, des fausses sécurités, une histoire dont ceux qui endurent toutes les crises sont les premiers inspirateurs.

Ce 17 octobre, osons des rencontres qui ressourceront notre énergie, notre courage et nos ambitions. Le 17 octobre, cela commence par cet homme qui, dans son quartier voué à la destruction, n’a plus de porte en état de s’ouvrir, et qui, depuis sa fenêtre au rez-de-chaussée nous a dit : « Entrez ». Comme lui, ce 17, osons inviter. Osons entrer.