Des amis soutiennent les familles de Huacarpay (Perou)

Des amis du Mouvement ATD Quart Monde, engagés dans l’association GreenBees, soutiennent les familles de Huacarpay et l’équipe ATD Quart Monde au Pérou. Ce village a été quasiment détruit par les intempéries.
Sur leur blog, ils racontent leurs liens et leur action.

Partager, Share, Aandeel, Anteil Article posté le 17 février 2010 Print Friendly

Des amis soutiennent les familles de Huacarpay (Perou)
Le géant de Corbie à Huacarpay
Par Ivo Petit, dimanche 14 février 2010

« Le géant pleura tant que ses larmes formèrent des ruisseaux puis de grosses rivières et la Somme, habituellement si tranquille, déborda et inonda toute la vallée ». Cette phase, extraite d’une adaptation faite par GreenBees de la légende picarde du géant de Corbie, prit une toute autre dimension devant la centaine d’enfants du camp provisoire de Huacarpay. Ce village fut dévasté il y a deux semaines par les fortes intempéries qui ont ravagé la région de Cusco, au cœur des Andes péruviennes.

Pendant les vacances scolaires péruviennes (de janvier à mars), et après nos activités à la Vizcachera, nous sommes en effet allés prêter main forte à l’équipe d’ATD Quart Monde à Cusco. ATD Quart Monde est active à Cuzco depuis 18 ans et organise chaque année au mois de février un « festival des savoirs » dans un des villages de la région : c’est un temps de partage et d’échange de connaissances (académiques ou non) auquel participent enfants et adultes. Cette année, ils ont délaissé les communautés où ils travaillent d´habitude pour apporter un peu de soutien aux familles sinistrées.

La moitié des maisons du village de Huacarpay ont été entièrement détruites. Les habitants ont été déplacés sur une hauteur. L’école, qui est située un peu à l’écart du village a été préservée. Elle s’est transformée en centre logistique pour les équipes de la protection civile (distribution de l’eau, de la nourriture, des médicaments). Les parents ne se fient pas trop aux promesses faites par l’état de construire de nouvelles maisons. Pendant qu’ils s’organisent pour reconstruire leurs anciennes maisons et que de nombreuses organisations s’occupent de l’aide médicale et psychologique, l’eau et l’aide alimentaire (les animaux sont morts et toutes les récoltes du village sont perdues), les animateurs d’ATD proposent des activités manuelles aux enfants. Il s’agit de créer un espace où ils peuvent à nouveau créer, inventer et penser au futur. Ils sont tellement sollicités par les médecins, les psychologues, les nutritionnistes envoyés par les nombreuses ONG présentes que cela leur fait une coupure pendant la journée : on ne leur parle pas de la tragédie, ils sont plus libres.

Ce matin, nous leur avons donc raconté l’histoire du géant de Corbie. Ce fut assez difficile de faire le choix de lire cette histoire étant donné que, dans le conte, le géant détruit le monde à cause de la méchanceté des enfants. Yves l’a introduit en les prévenant qu’elle était très dure émotionnellement. Mais je crois que ce qui était justement intéressant était que c’était l’histoire de notre propre village. Du coup la narration n’était plus une leçon de morale, mais un message d’espoir relaté par deux Corbéens qui devenaient tout à coup des amis venus pour témoigner. Les enfants ont porté une attention incroyable à la narration. Eux qui se montraient turbulents, hyperactifs et même parfois agressifs pendant les activités, étaient comme hypnotisés par l´histoire. Ce conte, qui raconte une genèse un peu païenne, a pris un tout autre sens aujourd’hui. Il avait tout d’un coup un gout d’espérance, de solidarité, de tolérance. Car si chacun connait des hommes ou des femmes méchantes, personne ne peut nier son propre démon. Et la dernière image, présentant la place de Corbie telle qu’elle est actuellement, peut être vue comme un témoignage qu’il est possible, au-delà des défauts de chacun, de se rassembler pour reconstruire, avancer, se réinviter une vie commune. En tout cas, c’est ce que nous avons ressenti devant ce public captivé et reconnaissant.

Puis nous avons raconté une deuxième histoire, qui a provoqué une deuxième vague d’émotions, aussi forte, sinon plus, que la première. Le conte de « Capuli et la Pachamama » raconte, à travers les mots et les dessins d’Edmer, une histoire issue de la culture andine. Elle met en avant sa beauté, sa féerie, la possibilité de parler aux animaux et à tous les éléments naturels, la possibilité de se réconcilier avec la Pachamama (la Terre-Mère), qui peut paraître parfois si injuste et si cruelle. Cette même Pachamama peut aussi devenir bienveillante, réconfortante. Elle semble dire : « Respecte-moi et je te respecterai ». Et tous les enfants de Huacarpay ce sont montrés heureux de reconnaître l’importance de la Pachamama. Ils semblaient avoir une leçon à donner à tous les enfants du monde quand à l’amour et au respect que l’on doit porter à la Terre toute entière. Dans les Andes, même s’il est parfois refoulé, trahi, nié, c’est de l’amour maternel dont on parle lorsque l’on fait référence à la nature.

Nos activités à Huacarpay se déroulent le matin de 9 à 12 heures puis nous nous réunissons à 4 heures pour faire une évaluation collective de la matinée et préparer la session du lendemain. Chaque jour, les activités manuelles changent mais cela ne gène pas les animateurs d’ATD. La plupart sont professeurs de primaire et ont une foule d’idées. Ils passent beaucoup de temps à préparer le matériel en discutant. C’est un temps de fraternité et d’échange.

Nous allons rester avec l’équipe d’ATD jusqu’au 20 février. Ce sera aussi pour nous l’occasion d’échanger avec les volontaires permanents de ce mouvement de lutte contre la misère et l’exclusion. Il y a une volontaire espagnole, deux boliviens et un guatémaltèque qui participent à ces deux semaines. Nous aimerions beaucoup travailler avec eux dans le futur. Leur manière de travailler et leur philosophie nous inspirent beaucoup. En utilisant d’autres techniques que celles de GreenBees, il travaille beaucoup le thème de l’estime de soi et du respect des droits humains. Au Pérou, nous avons établi de bons contacts avec eux et nous avons d’autres projets pour le futur.

Le village de Huacarpay est situé à environ 3200 mètres d’altitude. Deux semaines après les inondations, les traces sont encore bien visibles… Les villageois ont été logés dans des tentes. Il y fait une chaleur insupportable pendant la journée, et un froid terrible pendant la nuit.

Sur la gauche, on voit les tentes vertes où se déroulent les activités d’ATD, tous les matins.

Les mamans préparent le repas de tout le village. Des montagnes de pommes de terre sont mises à disposition des habitants.
Les activités réalisées avec les enfants sont surtout manuelles : classeurs, porte-photos, porte-crayons, marionnettes. Les enfants aiment bien faire ce genre d’activités. L’histoire du Géant de Corbie a beaucoup touché les enfants. Ils l’ont parfois introduit dans leurs dessins, marionnettes.
Elodie narre le conte en utilisant le Kamishibai. Avec les petits (maternelle et CP), nous avons d’autres histoires comme celle de Tim la coccinelle, qui fonctionnent très bien.
Durant les activités, les enfants sortent un peu du stress lié à leur situation précaire. Ils gardent dans leurs têtes des rêves qui leur permettront d’avancer. Dans leurs dessins, la nature a une place dominante par rapport à l’homme.

Malgré la courte durée de cette action, les enfants nous ont tout de suite accordé leur confiance et ont participé avec enthousiasme aux activités proposées.
Pour retrouver l’histoire du Géant de Corbie et celle de Capuli et la Pachamama, vous pouvez suivre le lien suivant : http://www.greenbees.fr/01_Aboutus/08_Kamishibai/

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