Il faut comprendre et respecter le deuil des haïtiens :
« Nous sommes sur un fil entre la nuit et la lumière, dit Jacqueline Plaisir, volontaire permanente. Autour de nous, chacun a des soucis de familles. Il faut respecter ce temps, respecter ce qui se passe dans la tête et dans le cœur de chacun. On n’a pas les moyens de dire certaines choses. On a des images en tête qui restent gravées en nous, des moments formidables, des moments terribles... Ces Haïtiens engagés sur le terrain, dans les petites organisations, qui travaillent comme nous avec les populations les plus isolées, sont eux-mêmes en deuil. Nous ne savons pas toujours si les responsables de ces associations ont pu prendre du temps pour eux, personnellement. Des membres du Gouvernement avaient eux aussi leurs familles très touchées. Maintenant peut-être la jonction entre ceux qui viennent d’ailleurs pour aider et les Haïtiens va-t-elle pouvoir se réaliser. Même s’ils étaient endeuillés pour leurs proches, les Haïtiens n’étaient pas du tout absents. »
Comment la solidarité internationale peut-elle être à la fois dans l’efficacité, si précieuse à la vie de chacun, et aussi rejoindre le rythme de deuil d’un pays où tout un chacun est encore à la recherche de nouvelles de quelqu’un, ou bien porte dans son cœur celle ou celui qu’il n’a pas pu enterrer dignement ?
La vie quotidienne change au jour le jour :
« Ces derniers jours, petit à petit, on se sent moins dépassé, on se sent plus utile. » dit David Lockwood, volontaire permanent. Une association cubaine a monté un poste de santé pas très loin de notre équipe, c’est une aide importante. Dans une clinique, l’équipe a pu obtenir certains médicaments. Elle a aussi obtenu de l’huile, qui a pu être distribuée aux familles connues dans des petites bouteilles. « Aujourd’hui, continue David, le pain coûte quatre fois plus qu’avant. Les prix des transports ont doublé. L’essence coûte presque cinq fois plus cher. Seuls les légumes et les fruits restent à peu près au même prix. Un ami nous a aidés avec sa voiture. Un autre voisin a rechargé notre téléphone avec son générateur. » Toute notre équipe s’investit énormément dans l’accueil des familles et les visites à ceux et celles dont nous n’avons pas de nouvelles.
Chacun fait tout ce qu’il peut pour retrouver des affaires, s’organiser pour se loger :
« Beaucoup de gens cassent les tôles de leurs maisons effondrées, pour y entrer et récupérer leurs affaires. C’est vraiment très dangereux. Leurs maisons risquent de tomber, mais comme ils n’ont rien, ils n’ont pas vraiment le choix ». « Je visite des gens qui restent dans des zones où il y a encore quelques dangers dit Nerline, membre de l’équipe de volontaires permanents et haïtienne. La terre glisse partout. Les maisons ne sont pas entièrement tombées. Même quand on dit aux gens de s’en aller, ils ne veulent pas sortir de leur lieu de vie. Ils restent là, même si tout est brisé, avec des blessés et même des morts. Ils ont leurs raisons que ne nous ne comprenons pas toujours. Si nous n’étions pas allés chez eux, personne ne serait venu les voir. » « Là où vivent les familles que nous connaissons, dit St Jean Lhérissant, volontaire permanent, la mairie commence à donner des tentes pour vingt personnes. Mais dans une situation si complexe, ce n’est pas simple pour le quartier de s’organiser. Est-ce que plusieurs familles différentes acceptent de partager une tente ? Est-ce qu’une priorité existe pour ceux qui ont les plus grosses difficultés ? Est-ce que ceux qui aident à organiser vont être débordés et les derniers à bénéficier de cette aide ? »
« Nous ressentons un manque à chaque fois que les médias annoncent un nouveau chiffre de personnes sauvées par des secouristes, sans ajouter que nous ne saurons jamais combien d’autres ont été sauvées par leurs voisins. »
« On est encore là, dit St Jean. La capacité de résistance s’affaiblit car le peu dont disposaient les habitants diminue. On ne sait pas comment la vie va recommencer, mais la solidarité gouverne le pays. »
La liaison avec le Mouvement international ATD Quart Monde :
Jacqueline dit : « Quand nous parlons avec vous au téléphone, les familles sont là tout autour de nous. Elles ne veulent pas forcément parler individuellement, mais savoir qu’il y a ce pont entre nous fait plaisir à tous. C’est bien que cette communication s’élargisse vers le monde. »
Pour que nous puissions envoyer du matériel à l’équipe, depuis la semaine dernière, des amis et des membres du Mouvement se sont mobilisés progressivement à St. Domingue, à la Guadeloupe, et dans toutes les régions du monde. Un premier envoi, comprenant aussi des messages d’amis du Mouvement de partout, est déjà dans les mains de l’équipe depuis vendredi soir, et d’autres envois sont en cours.
Nous préparons également pour les jours à venir le départ sur place d’Eugen Brand, Délégué général du Mouvement international ATD Quart Monde, et d’autres volontaires-permanents qui pourraient renforcer l’équipe de Port-au-Prince pour les mois qui viennent.
Vous pouvez soutenir l’équipe ATD Quart Monde en Haïti en versant un don au compte 000-0745336-85 (IBAN : BE89 00007453 3685 - BIC : BPOTBEB1) d’ATD Quart Monde Belgique. Tout don supérieur à 30 euros donne droit à une attestation fiscale.
Vous pouvez aussi le faire directement au Mouvement International en France ( ceci pourra vous donner droit à une attestation fiscale française, pour autant que vous cochiez la case ad hoc. La législation européenne permet, dans certains cas, de produire ces attestations françaises en Belgique. )
soit par carte bancaire (CB, Visa, Mastercard uniquement) à cette adresse
par virement (européen) sur le CCP suivant : Banque : 20041 - Guichet : 00001 - Compte n°1712688Y020 - clé RIB : 08 (IBAN : FR49 2004 1000 0117 1268 8Y02 008 - BIC : PSSTFRPPPAR)


