Les clichés ne sont pas toujours vrais.
Théo [1] était un des 32 morts de la rue en 2008. « Mort de la rue » ne veut pas dire décédé dans la rue, mais des personnes qui décèdent après avoir vécu un moment dans la rue.
Théo ne racontait pas beaucoup de sa vie avant qu’il ne vive dans la rue. De ses enfants, nous savons qu’eux et leur mère n’avaient pas la vie facile avec lui. Ca allait de mal en pis jusqu’à ce qu’il perde son travail à cause de l’abus de boisson, puis sa femme.
Théo a vécu à peu près 20 ans dans la rue. Après un long chemin avec les travailleurs de rue, il est allé vivre il y a trois ans avec quelques autres personnes qui ont elles aussi connu la rue. Un tiers des « morts de la rue » y vivaient encore au moment où ils sont décédés. Les autres avaient déjà trouvé une solution (dans un hôme, un habitat qui leur est propre ou un centre d’accueil,...).
L’adaptation était difficile. En effet, Théo continuait de vivre un peu dans la rue durant toute cette période. Au début où il avait sa chambre, chaque matin, il rangeait tout ce qu’il possédait dans des sacs plastiques et il retournait à la place où il avait l’habitude de mendier. Pour les gens qui vivent à la rue, un lit tout seul n’est pas suffisant comme solution. Théo se laissait entourer par des gens avec qui, pendant des années, il avait construit une confiance.
Puis Théo est devenu malade. Il avait un cancer. C’était trop lourd de vivre seul et avec son travailleur social, il a cherché une autre solution en direction des hômes. A la demande de Théo, on a pris contact avec son fils. A partir de ce moment-là, régulièrement, il lui rendait visite. Théo est décédé dans un hôme.
Les personnes qui vivent dans la rue ne décèdent pas toujours tout seuls, sur un trottoir. Souvent, ils sont entourés par ceux qui les soignent. C’est en septembre qu’il est décédé. Les personnes qui vivent dans la rue ne décèdent pas toujours du froid pendant l’hiver mais pendant toute l’année. Ils décèdent aussi des mêmes maladies qu’ont ceux qui ne vivent pas à la rue.
Théo avait 66 ans quand il est décédé. L’âge moyen des gens que nous connaissons, qui sont décédés en 2008, est de 48,6 ans.
Le Collectif des morts de la rue a organisé une petite cérémonie, le jour de son enterrement, en collaboration avec des services différents qui ont connu Théo. Il y avait quelques amis, des personnes des services de soutien et son fils. Nous avons accompagné Théo jusqu’à sa dernière demeure.
Le 18 février 2009 à 11 heures, dans la salle gothique de l’Hôtel de ville de Bruxelles, se tiendra une cérémonie à l’honneur de tous ceux et celles qui sont morts dans la rue en 2008.
Le « Collectif les morts de la rue à Bruxelles » est un réseau informel né il y a plusieurs années suite à la découverte révoltante de deux personnes à la gare du midi, plusieurs mois après leur décès et aux actions pour le droit au logement d’octobre 2004. Ce collectif regroupe des associations de première ligne, des habitants de la rue, des institutions et des citoyens concernés. A l’exemple des actions menées par les collectifs de Paris ou Kielce (Pologne), il a pour objectif de tout mettre en oeuvre pour assurer un traitement digne de la mort pour tous, de témoigner du sort des exclus et d’interpeller les autorités.
"Qu’aucun être humain ne soit oublié" et que chacun soit enterré dignement, tel est l’objectif que s’est donné ce collectif. Faire mémoire des personnes qui sont mortes dans la rue, rechercher et sauvegarder leur identité, leur vie est un travail quotidien auquel participe ATD Quart Monde.
Coordination
Maureen Jordens
mortsdelaruebxl@yahoo.fr



