17 octobre 1987 : Je témoigne de vous...

Strophes proclamées par le père Joseph Wresinski le 17 octobre 1987 au Trocadéro (Paris), à l’occasion de la première Journée du Refus de la Misère.
Article posté le 15 octobre 2010 Print Friendly
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17 octobre 1987 : Je témoigne de vous...

Le 17 octobre 1987, à l’appel du Joseph Wresinski, 100 000 défenseurs des Droits de l’Homme se sont rassemblés sur le Parvis du Trocadéro, à Paris, pour rendre honneur aux victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance, pour dire leur refus de la misère et appeler l’humanité à s’unir pour faire respecter les Droits de l’Homme. Une Dalle, proclamant ce message, a été inaugurée à cette occasion sur le Parvis des Droits de l’Homme et des Libertés, là où fut signée, en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Debout devant la Dalle, Wresinski a prononcé ce discours :

Millions et millions
d’enfants, de femmes et de pères
qui sont morts de misère et de faim,
dont nous sommes les héritiers.
Vous qui étiez des vivants,
ce n’est pas votre mort que j’évoque aujourd’hui
en ce Parvis des Libertés
des Droits de l’Homme et du Citoyen,
C’est de votre vie dont je témoigne.

Je témoigne de vous, mères
dont les enfants condamnés à la misère
sont de trop en ce monde.

Je témoigne de vos enfants
tordus par les douleurs de la faim,
n’ayant plus de sourire,
voulant encore aimer.

Je témoigne de ces millions de jeunes
qui, sans raison de croire, ni d’exister,
cherchent en vain un avenir
en ce monde insensé.

Je témoigne de vous, pauvres de tous les temps,
et encore d’aujourd’hui,
happés par les chemins,
fuyant de lieux en lieux, méprisés et honnis.

Travailleurs sans métier,
écrasés en tout temps par le labeur.
Travailleurs dont les mains, en ces jours,
ne servent plus à rien.

Millions d’hommes, de femmes et d’enfants,
dont les coeurs à grands coups
battent encore pour lutter.
Dont l’esprit se révolte contre l’injuste sort
qui leur fut imposé.
Dont le courage exige le droit
à l’inestimable dignité.

Je témoigne de vous,
enfants, femmes et hommes
qui ne voulez pas maudire,
mais aimer et prier, travailler et vous unir,
pour que naisse une terre solidaire.
Une terre, notre terre,
où tout homme aurait mis le meilleur de lui-même
avant que de mourir.

Je témoigne de vous,
hommes, femmes et enfants
dont le renom est désormais gravé
par le coeur, la main et l’outil
sur le marbre de ce Parvis des Libertés.
Je témoigne de vous pour que les hommes enfin,
tiennent raison de l’homme
et refusent à jamais de la misère
la fatalité.