La chasse aux mendiants : est-ce une solution ?

Partager, Share, Aandeel, Anteil Article posté le 13 novembre 2009 Print Friendly

La chasse aux mendiants : est-ce une solution ?

A juste titre, la diffusion d’un message de la STIB invitant les usagers du métro à ne pas répondre aux sollicitations des personnes qui mendient a suscité une certaine polémique. Plusieurs sympathisants de notre association nous ont écrit pour dire qu’ils avaient été choqués par cette initiative.

On fait remarquer qu’un règlement existe visant à interdire la mendicité dans les rames de métro. Faire appel aux usagers pour rendre effectif un règlement qui par ailleurs s’avère difficilement applicable pose déjà question. Mais le fond qui nous occupe n’est pas tellement là. Il est dans la manière dont on considère la personne qui mendie et la façon dont on entend lutter contre la pauvreté.

Une dame qui a elle-même connu des difficultés qui l’ont conduite à mendier il y a quelques années s’insurge avec fermeté, alors qu’aujourd’hui sa situation s’est améliorée : « Quand je croise une personne qui mendie, je m’arrête, j’échange quelques mots avec elle et, quand je le peux, je lui donne une pièce. Qui aurait le droit de m’interdire de faire cela ? » Cette dame revendique tout simplement le droit d’être solidaire.

Elle ajoute : « D’ailleurs personne ne mendie de gaieté de cœur. » Nous touchons là à un autre point essentiel. Aujourd’hui, des personnes très pauvres – dont le nombre augmente – sont contraintes d’inventer des stratégies de plus en plus diverses pour survivre. Recourir à la mendicité en fait partie. Beaucoup d’allocations sociales sont inférieures au seuil de pauvreté, comme le montre le baromètre interfédéral de la pauvreté [1]. Et un tel indicateur ne tient pas compte de ceux et celles qui restent sans allocations sociales. On comprend que M. Courard, Secrétaire d’Etat à l’intégration sociale et la lutte contre la pauvreté, ait exprimé sa perplexité face à la campagne de la STIB. Il avait eu le courage de dénoncer, dans une interview au Soir, la chasse aux chômeurs en affirmant que c’était un mauvais combat [2]. En effet, les sanctions se multiplient. Parmi les chômeurs sanctionnés, 2/3 reçoivent le RIS, après avoir fait les démarches auprès du CPAS. Qu’advient-il du tiers restant ?

La chasse aux chômeurs, la chasse aux mendiants constituent des politiques d’autant plus mauvaises qu’elles sont inefficaces. A la veille de l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, des mesures politiques ambitieuses sont attendues et espérées. Des mesures qui garantissent à chacun l’accès effectif à l’ensemble des droits fondamentaux, des mesures qui respectent la dignité des plus pauvres et qui ne pénalisent pas les gestes de résistance à la misère qu’ils posent.

Certes la mendicité est une réalité complexe. Certains s’inquiètent de l’exploitation des êtres humains – notamment des enfants – qui peut être liée avec cette pratique. Mais ces situations d’exploitation sont, dans notre pays, très rares, comme l’a montré une étude de la CODE [3].

La campagne de la STIB inquiète d’autant plus qu’elle menace un peu plus la cohésion sociale déjà très fragile dans une ville comme Bruxelles. En invitant les usagers du métro à repousser les personnes qui sont contraintes de mendier, on renforce encore la fracture sociale, on élargit le fossé entre les très pauvres et les autres. Repousser les pauvres et les mendiants hors de la cité constitue une mesure injuste, inefficace et indigne, qu’on aurait aimé voir appartenir à l’histoire et non à l’actualité.

Régis De Muylder
Secrétaire général
ATD Quart Monde Belgique, ASBL.

[1] Voir le site du SPP intégration sociale (www.mi-is.be )

[2] Voir le Soir du 15 octobre 2009.

[3] Coordination des organisations pour les droits de l’enfant. « Recherche d’une réponse sociale à la mendicité des mineurs » (F. Van Houcke) – 2005.