Pour nous c’est évident qu’aucun plan ne peut réussir s’il n’est pas guidé par le peuple haïtien qui depuis des siècles a déjà été soumis aux dominations économiques et parfois politiques qui ont suivi son indépendance. De manière aussi évidente, la communauté internationale a énormément à offrir, par exemple en matière de technologies et création de pointe pour reconstruire la capitale avec une protection contre les violents tremblements de terre, une protection aussi bonne que celle dont San Fancisco ou le Japon sont dotés.
Mais pour réussir cette entreprise, il ne suffit pas qu’elle soit guidée par les leaders les plus dynamiques des communautés haïtiennes et internationales. Pour que cette reconstruction bénéficie à tous les citoyens d’Haïti, y compris les plus vulnérables : ceux qui vivent dans la misère depuis bien avant le 12 janvier, et qui encore maintenant restent complètement à l’écart des efforts de secours ordinaires, on doit permettre à ces haïtiens aussi de jouer un vrai rôle pour façonner cette reconstruction.
Dans tous les pays, des générations de familles qui vivent dans la misère ont souffert des conséquences involontaires des aides bien intentionnées, en particulier :
la nourriture importée qui détruit l’agriculture locale dans de nombreuses régions d’Afrique,
les politiques d’assistance qui détruisent la confiance en soi dans l’Europe de l’ouest et l’Amérique du nord,
les systèmes scolaires qui humilient certains enfants et paralysent leur faculté d’apprendre.
Ceux qui ont enduré les pires des ces situations ont une contribution irremplaçable à faire dans la création des approches innovantes qui pourront tirer le meilleur parti de ce que chacun apporte pour faire progresser son pays.
En Haïti aujourd’hui, nous sommes soucieux que beaucoup trop de voix restent inaudibles. Bill Clinton, en tant qu’envoyé spécial de l’ONU pour Haïti, a fait le parallèle avec la reconstruction d’un des quartiers les plus détruits de la Nouvelle Orléans (le Lower 9th Ward), où des logements respectueux de l’environnement commencent à remplacer les logements délabrés à démolir. Mais en fait, les familles les plus défavorisées de la Nouvelle Orléans n’ont rien eu à dire dans la reconstruction. Un grand nombre d’entre elles sont encore déplacées à ce jour, plus de quatre ans après, car incapables de payer les loyers augmentés de leur propre quartier d’origine. Ces familles ont exprimé leur espoir que les familles les plus défavorisées d’Haïti ne soient pas ainsi laissées de côté
Diana Skelton
Déléguée générale adjointe


