Message de printemps 2011

« Aucun animateur, aucun volontaire du Mouvement ATD Quart Monde, personne n’aurait pu susciter la créativité (qui apparaît lors de nos actions culturelles) si la liberté n’était inscrite déjà au coeur de ces populations, si leur création n’était déjà un cri de libération lancé comme un défi au désespoir... »

Joseph Wresinski fondateur ATD Quart Monde (1917-1988)

Article posté le 17 mai 2011 Print Friendly

Message de printemps 2011

Chers amis,

Marc veut permettre à des familles qui ont la vie dure de se rassembler au-delà de leur quartier.
Maëlle est une jeune qui a choisi de découvrir pendant un an l’engagement et les actions du mouvement en Belgique.
Bernadette va à la rencontre des enfants et de leurs familles pour vivre des moments de paix et d’ouverture au monde, à partir des livres.

Ces derniers mois, ils nous ont partagé leur fierté de se mettre ensemble avec d’autres pour briser l’exclusion sociale.
Nous vous partageons aujourd’hui des éléments de leur découverte.
Quand, envers et contre tout ce qui nous sépare, on ouvre ensemble les fenêtres de notre vie, chacun y gagne.

Merci d’oser et de permettre cet engagement, merci de le renforcer par votre soutien.

pour l’équipe nationale
Herman Van Breen

oOOo

Septembre, on travaille sur le thème des jeunes à l’Université populaire Quart Monde. Je vais chercher Madame Peters, pour la réunion de préparation. Elle demande si Bruno, son fils de 18 ans, peut venir. « Bien sûr, en plus on a besoin des jeunes pour nous aider à réfléchir. » S’ensuit alors un peu de stress pour ne pas arriver en retard et de l’inquiétude, car c’est la première fois qu’il participera. J’entends Madame dire à son fils, toute excitée : « Descends, on va partir. Mets une veste ! Tu ne vas pas y aller comme ça ! »

Dans le mini-bus, Bruno dit qu’il ne dira rien : « Je viens pour écouter. » Mais pendant la réunion, il parle de sa formation d’électricien, de son frère plus jeune qui suit la même formation, de ses copains.
Dans le mini-bus, au retour, il y a une super ambiance : c’est un peu comme si la réunion se poursuivait, il y a des rires aussi... Juste avant d’arriver chez eux, Madame dit à son fils : « Pour quelqu’un qui ne voulait rien dire, je trouve que tu as beaucoup parlé. J’ai même dû t’arrêter pour que les autres puissent parler ! » Il lui répond : « Oui, mais j’avais beaucoup de choses à dire sur les jeunes. »
« Tu sais, je suis fière de toi ! » lui déclare-t-elle.

Le 17 octobre, Madame est là pour le rassemblement à Bruxelles devant le Parlement européen. Bruno et son plus jeune frère sont venus aussi. En voyant la foule, ils me disent : « Nous, on ne connaît personne. On reste avec toi et tu ne nous perds pas ! »
Je leur présente quelques personnes. Puis après, je ne les revois plus de l’après-midi, ni Madame, ni ses fils. Le soir, dans le car, Bruno me dit : « C’est super, nous avons rencontré plein de jeunes. Nous avons pu parler avec eux et j’ai même pu parler avec une Anglaise ! »

Marc, engagé
dans les Universités populaires Quart Monde

Je rencontre des jeunes qui vivent des réalités complètement différentes de ce que j’ai pu connaître ailleurs. Je qualifierais la relation qu’on établit de privilégiée : je ne suis pas une travailleuse sociale ; je soutiens une dynamique de rencontres, sans jugement. J’apprends beaucoup de ces jeunes qui vivent différemment leur jeunesse ; cela me confronte à mes propres choix...

Rencontrer les jeunes dans leur environnement est également très fort. Les conditions de vie sont parfois dures, j’apprends combien il faut du courage pour y vivre. Je suis témoin de relations de grande solidarité, autant que j’apprends comment des situations d’humiliation peuvent détruire.

En les écoutant, j’apprends à regarder d’un autre angle, à voir l’intelligence de ceux qui sont considérés comme sans valeur. A voir que la violence, qu’on étiquette à un milieu, n’est souvent que la conséquence d’une violence bien plus sournoise qu’on lui fait subir. A découvrir combien c’est riche de reconnaître l’Autre comme un être qui, avec son histoire, peut entrer dans mon histoire. Et qu’ensemble, nous pouvons bâtir un petit bout d’une Histoire un peu plus juste...

Maëlle, engagée dans la dynamique jeunes

oOOo

Bibliothèque de rue de printemps. Rachid (trois ans) répète à sa mère qu’il veut descendre sur la place parce que c’est le jour de la bibliothèque. Face à son insistance, sa mère ne peut pas rester comme d’habitude dans l’appartement. Elle se décide à rejoindre, avec son petit dernier, les autres enfants qui, sur la couverture dépliée à même le sol, sont déjà à deux ou trois parfois autour du même livre, ou écoutent attentivement Séverine ou Jos raconter une histoire.

D’autres mamans sont aussi venues s’asseoir à proximité avec leur tabouret pour discuter et profiter des premiers rayons de soleil. De temps à autre, elles arrêtent leur conversation pour regarder un livre qu’un des enfants vient montrer. Lorsqu’ils se mettront à dessiner, la maman de Saïd me fait remarquer : « Regardez comme il est calme et concentré alors qu’il a tant de mal à lire ! Il faudrait qu’il dessine plus souvent. »

Elle poursuit : « Vous devriez demander à la commune d’installer des bancs, ce serait plus commode pour vous. » Les autres femmes s’opposent aussitôt : « Non, les bancs, cela veut dire que les hommes seront là en permanence... On préfère nos tabourets mobiles. » Et une autre maman de conclure : « C’est vrai que depuis trois ans que vous venez, on ose sortir, sinon on reste toujours à l’intérieur... »

Comment permettre aussi aux papas d’être témoins de ces moments de paix et de fierté créés autour des livres, des dessins ?

Bernadette, engagée dans les bibliothèques de rue

La moitié des dépenses d’ATD Quart Monde en Belgique ne sont pas couvertes par des subsides publics.
Votre don [1] nous permet d’être disponibles pour aller à la rencontre des plus pauvres et entreprendre, avec eux, des projets significatifs.

Les ordres permanents de 3, 5, 10 ou 20 euros apportent de la sécurité à notre mouvement. Ces entrées régulières soutiennent concrètement l’investissement humain qui est l’élément essentiel dans la lutte contre la grande pauvreté.
Un formulaire - à remettre à votre banque – est joint à ce message.

Notre principale ressource et notre capital le plus important sont l’engagement non-rémunéré d’un grand nombre de membres actifs et sympathisants.

ATD Quart Monde est membre de l’Association pour une Ethique dans la Récolte des Fonds (AERF) et adhère à sa charte.

[1Les dons dont le montant annuel atteint 40 euros donnent droit à une attestation fiscale.