A Dakar, durant le Forum social mondial, la délégation du Mouvement ATD Quart Monde a voulu faire entendre le message des plus pauvres. Le Forum a permis aux délégués de mieux comprendre les conséquences du libéralisme. Ils se sont particulièrement reconnus dans le Forum des banlieues où a résonné le cri de la vie des banlieues et souhaitent que l’esprit du Forum se vive partout et aille plus loin que les discours.
Au cours de la table ronde « Extrême pauvreté et gouvernance mondiale » [1], Thierry Viard de Bruxelles (Belgique), a déclaré que dans beaucoup de combats du Forum social, de façon sous-jacente, la question de la pauvreté est présente, mais qu’on ne peut pas dire que la lutte contre l’extrême pauvreté est prise à bras le corps dans sa globalité.
Dans chaque combat, aussi légitime soit-il, notre solidarité va-t-elle jusqu’au plus exclu, jusqu’à la plus exclue ? Pour que ces combats soient un succès pour tous, ils doivent être entrepris à partir des plus pauvres et avec eux.
Qu’apprenons-nous des jeunes qui dorment dans les rues ? Dans les combats contre des déguerpissements, quelle est la place des habitants sans aucun statut, ni titre juridique à faire valoir ? Qu’apprenons-nous d’une femme qui sur 5 kilos de semences de haricots en plante un kilo et en donne quatre à sa famille pour qu’elle ait à manger ? Qu’apprenons-nous de ceux qui sont comme des étrangers dans leur propre pays, tellement ils sont isolés, ignorés et méprisés ?
Prenons-nous le temps de recueillir des témoignages de ceux qui n’ont jamais la parole et de penser avec eux des solutions pour le monde ?
Nous devons tout faire pour détruire l’extrême pauvreté qui est un gâchis humain, une injure à l’humanité et qui est un terreau pour la violence, les migrations forcées et les clivages sociaux. Nous pouvons nous rendre responsables ensemble dans la lutte contre la misère. C’est ce que les intervenants ont montré.
Pascal Chirhalwirwa de Bukavu (RDC), a raconté l’engagement d’enfants pour un camarade qui ne peut pas payer ses frais scolaires ou pour la construction d’un petit pont. On doit considérer les enfants comme de véritables agents de développement de nos communautés, qui parviennent à entraîner les adultes par leur mobilisation et leur courage.
Dans une zone rurale du Rwanda, Alexie Gasengayire a témoigné d’un projet de développement communautaire dans lequel une attention particulière était accordée aux plus démunis. La gestion axée sur les résultats imposée par les financeurs européens a empêché le renouvellement du projet, car pour obtenir des fonds, il est maintenant nécessaire de sélectionner des bénéficiaires qui « peuvent réussir ».
Lamine Sarr et Jaime Muñoz ont expliqué comment des jeunes se sont mobilisés pour évacuer les eaux dégoutantes stagnant dans des quartiers de Guinaw Rails (banlieue de Dakar). Sans autres moyens que des pelles et des pioches, ils ont travaillé avec des habitants pour, petit à petit, améliorer un réseau de canaux qui permet à chaque famille, sans moyens extérieurs, de vidanger sa maison en évitant des conflits de voisinage.
Aujourd’hui, ces personnes refusent de se taire, car, vivant dans l’eau et sans toilette depuis trop longtemps, elles savent qu’elles ont quelque chose à dire par rapport aux inondations.
Gustavo Marin du Forum pour une nouvelle gouvernance mondiale a affirmé que tous ces exemples venant d’en bas constituaient une leçon de gouvernance mondiale :
une gouvernance qui rejoint les plus pauvres,
une gouvernance qui fait participer ceux dont on n’attend généralement pas grand chose,
une gouvernance qui part du local, interpelle les pouvoirs publics, les institutions et les entreprises et qui fait que les plus pauvres et les associations au sein desquelles ils s’expriment peuvent entrer en partenariat au niveau international,
une gouvernance qui réunit toutes les parties prenantes pour qu’il n’y ait pas de perdants et que tous gagnent en dignité, responsabilité et liberté.
Le Mouvement ATD Quart Monde continuera à faire des propositions basées sur le courage et le savoir des personnes en situation de misère et d’exclusion sociale, dans la perspective du Sommet de la Terre Rio 2012, qui doit allier développement durable et lutte contre l’extrême pauvreté.



