Vivre la rentrée scolaire quand on a une vie difficile

Partager, Share, Aandeel, Anteil Article posté le 24 août 2010 Print Friendly

Vivre la rentrée scolaire quand on a une vie difficile

Dans quelques jours la rentrée.... les articles se multiplient dans les journaux pour « préparer une rentrée des classes réussie ». Dans ce journal distribué gratuitement dans les boites aux lettres un dossier de trois pages donne quelques recommandations aux parents : « envisagez des visites chez le dentiste, l’ophtamologiste, l’ORL ou encore le médecin pour effectuer un check-up. Déceler les éventuels déficits d’audition et de vue est capital... sans ça ces problèmes ne se font généralement entrevoir que trop tard, quand un retard scolaire a déjà été diagnostiqué. (...) »
Puis suivent trois pages de précieux conseils sur les achats de rentrée indispensables, nécessaires, préservant l’environnement ; sur une alimentation équilibrée, les assurances familiales et scolaires, l’importance du sommeil pour les enfants, le poids du cartable, la vigilance par rapport aux poux, la peur de la rentrée chez certains.

Les familles avec qui nous sommes en contact comment abordent-elles cette nouvelle rentrée, comment leurs enfants ont-ils pu profiter des semaines de congés pour rentrer en forme à l’école ?

Madame X garde trois de ses petits enfants. Durant les vacances, elle était à la recherche d’un logement suite à une expulsion. Tous les quatres étaient hébergés provisoirement chez un autre membre de la famille. Ce n’est pas facile de vivre ainsi à l’étroit, les uns sur les autres. Envoyer les enfants durant les vacances à la plaine de jeux était son espoir. Mais en raison de sa situation, elle ne peut bénéficier des tarifs préferentiels réservés aux résidants de la commune. L’unique solution était de les envoyer à tour de rôle mais difficile de privilégier l’un des enfants. Difficile aussi de dépasser la honte d’aller réclamer un soutien et de révéler une situation qu’on espère provisoire, mais qui risque de mettre en difficulté les solidarités trouvées au niveau de l’hébergement à l’intérieur de la famille.
Comment vivront-ils ce retour à l’école sans avoir pu bénéficier de ce temps de vacances pour se reposer ?

Dans cette autre famille, les vacances sont arrivées avec une bonne nouvelle : la régularisation de leurs papiers... Durant cette attente de la régularisation, ils avaient pu bénéficier d’un logement provisoire. Les papiers régularisés, il leur faut maintenant trouver un logement avant fin août... Les difficultés de déplacement du papa n’entament pas son énergie pour chercher, mais il se heurte à de nombreux refus parce qu’il n’a pas de travail entre autres. Mais si les papiers sont régularisés, les démarches sont nombreuses pour mettre en ordre son dossier à la mutuelle, pour faire reconnaître son handicap car amputé des deux jambes qui l’embauchera ?
Quant à la maman : toutes ces années de provisoire, d’angoisse, de peur du regard de l’environnement parfois hostile ou peu accueillant, de manque de relation avec des personnes avec qui dialoguer dans sa langue maternelle, la découverte de la santé fragile de son fils atteint de diabète qui nécessite des soins coûteux... elle vient de rentrer à la maison après une hospitalisation de quelques semaines pour dépression.
Comment préparer la rentrée pour ses trois enfants dans une telle incertitude ?
K, du haut de ss 10 ans, sait comment choisir ce que son frère doit manger en fonction du taux de sucre. Elle décrit avec exactitude les peurs de sa maman lors de son hospitalisation. Elle devine au retour de son papa, les multiples refus rencontrés dans sa recherche de logement.
Comment pourra-t-elle vivre sereinement la rentrée et avoir l’esprit libre pour apprendre ? Où seront-ils le 1° septembre ? Contraints d’accepter un logement le plus rapidement possible, les enfants pourront-ils poursuivre leur scolarité dans la même école ou devront-ils faire de longs déplacements ?

Plus que quelques jours pour se mobiliser et rendre possible cette rentrée scolaire ! Ce n’est pas seulement chez les enfants que les déficits d’audition et de vue non diagnostiqués peuvent engendrer des problèmes plus graves. Une société qui ne sait plus entendre et voir de telles situations à l’aube de la rentrée peut difficilement espérer la pleine réussite de tous les enfants.